Pour la première fois de sa vie, Jean-Philippe Loyau ignore la raison.
Il a pris une décision qui mijotait en lui depuis longtemps. Cette décision change sa vie. Cela signifie que le franco-danois Jean-Philippe Loyau vit aujourd'hui trois à quatre jours par semaine à Paris dans 21 mètres carrés, au sixième étage sans ascenseur, tandis que sa compagne enceinte vit dans leur appartement à Frederiksberg.
Car il n'a pas créé une entreprise au Danemark, mais à Paris, où il est derrière Philie And The Jar, qui fabrique des bocaux avec des repas du soir que les citadins peuvent ramener chez eux pour leur famille.

Jean-Philippe Loyau ne se verse pas encore de salaire, il ne peut plus inviter sa compagne au restaurant, il conduit une Toyota Aygo. Il y a des sacrifices concrets dans cette aventure qu'il poursuit, mais Jean-Philippe Loyau est en paix avec cela:
”Je ne me plains pas de la situation, et je n'ai pas de remords quant à ma décision. J'ai probablement été un peu trop conflictuel pendant des années, et c'est quelque chose sur lequel j'ai beaucoup travaillé. Il est important d'avoir de la clarté. Quand j'ai rencontré ma compagne il y a deux ans, je lui ai dit tout de suite:
"J'ai un rêve, et tu dois savoir qu'un jour je le poursuivrai.”
C'est dans l'ADN français
Dans sa vie d'adulte, Jean-Philippe Loyau s'est construit une base solide qui lui permet maintenant de tendre vers son rêve de créer une entreprise. Après le lycée, à 18 ans, il a suivi une formation de deux ans de discipline militaire au lycée - à la classe préparatoire St Louis de Gonzague - avec des cours de 8h à 17h chaque jour, des examens oraux deux soirs par semaine, et un examen chaque samedi après-midi pendant quatre heures. C'était le billet d'entrée pour un diplôme universitaire à la prestigieuse EDHEC Business School, en finance, économie et gestion. Sa carrière a commencé par quatre ans chez Deloitte dans le domaine des fusions et acquisitions, et ces cinq dernières années, il a travaillé chez Implement Consulting Group dans le domaine de la stratégie.
Le changement est maintenant important, passant d'une fonction de conseil pendant de nombreuses années à la création de quelque chose par lui-même. Mais le gène entrepreneurial est dans son ADN français. La famille de son père est originaire de Beaucourt, au sud de l'Alsace, et appartenait à la minorité protestante. Il y a longtemps, la famille a fondé une entreprise de laiton, produisant tout, des casseroles aux montres. À un moment donné, ils ont été sollicités par quelques-uns de leurs cousins pour investir dans une entreprise naissante qui devait produire des voitures. Les cousins appartenaient à la partie étrange de la famille, et comme la partie établie de la famille ne voulait pas toucher à quelque chose qui n'avait pas d'avenir, ils ont poliment refusé de devenir copropriétaires de Peugeot.

L'entreprise familiale a cessé ses activités à la fin des années 1960. L'histoire de l'entreprise, qui était cofondatrice du capitalisme social français, a été transmise dans la famille avec fierté, et a donné à Jean-Philippe Loyau l'ambition de suivre cet exemple. Il a toujours entendu parler de son arrière-grand-mère, qui était une "Japy" - le nom de famille de la grande dynastie industrielle française - et qui tenait à faire le bien, maintenant qu'elle avait les moyens, par exemple en soutenant les personnes sortant de prison et les soldats de la Première Guerre mondiale.
”J'ai souvent pensé que nous devions créer quelque chose à nouveau. Je me suis demandé : Quels sont mes objectifs supérieurs ? Qu'est-ce que je veux qu'on retienne de moi ?”
Chaque fois qu'il s'est posé la question, les réponses ont été claires. Il rêve de créer un lieu de travail formidable, qui ne se contente pas de gagner de l'argent, mais qui redonne aussi aux employés et à la société. La vérité de vie peut-être la plus importante que Jean-Philippe Loyau a réalisée ces dernières années est l'importance de réagir à son moteur intérieur et de ne pas hésiter à prendre des décisions.
”Prendre des décisions est un trait commun aux personnes qui réussissent et sont heureuses dans la vie. Je crois en la prise de décision, plutôt qu'à la suranalyse. Si j'avais commencé en tant qu'entrepreneur par une analyse approfondie du marché, des concurrents et des clients potentiels dans une industrie alimentaire énorme et en constante évolution, j'aurais pu rédiger un beau rapport de consultant, mais je ne serais pas ici, déjà bien avancé. Prendre des décisions est essentiel, et j'ai appris que c'est ce qui me rend heureux. J'ai une compagne, je suis entrepreneur, je vais bientôt avoir un enfant, le timing est complètement fou, mais je crois que quelque chose de bon en sortira.”

Quand un des amis de Jean-Philippe Loyau en France a appris qu'il s'était lancé comme entrepreneur, sa première remarque a été :
”Alors, tu t'es lancé aussi ? Tu ne vas pas bien dormir pendant un moment”.
Il s'est avéré que c'était tout le contraire.
”Je n'ai jamais aussi bien dormi qu'aujourd'hui. Car j'ai fait la paix avec moi-même. Si mon entreprise réussit, c'est fantastique. Si elle ne réussit pas, c'est aussi bien, car j'apprendrai beaucoup quoi qu'il arrive, et je ne regretterai rien. C'est pourquoi je ne ressens aucune pression.”

Jean-Philippe dans The Lawyer
L'HOMME DANS LA CHEMISE
”L'honneur revient à l'homme qui est réellement dans l'arène, dont le visage est marqué par la poussière, la sueur et le sang” - citation de Theodore Roosevelt à Paris, 1910. Dans la série de portraits ”L'homme dans la chemise”, BARONS rencontre des professionnels qui ont en commun de s'être mis en jeu - et en danger. Où trouvent-ils le courage ? Quelle est la chose la plus importante qu'ils ont apprise en chemin ? Et que pouvons-nous apprendre d'eux ?
